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LA FILLE DU R ÉGIMENT
LA FILLE DU
R ÉGIMENT

Opé ra­comique en deux actes.

texte

Jules­Henri Vernoy de Saint­Georges Jean­Fran çois Bayard

musique

Gaetano Donizetti

Première fois: 11 f évrier 1840, Paris.

Jean­Fran ç ois Bayard musique Gaetano Donizetti Premi è re fois: 11 f é vrier 1840,

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Informazioni

La fille du r é giment

Cara lettrice, caro lettore, il sito internet www.librettidopera.it è dedicato ai libretti d'opera in lingua italiana. Non c' è un intento filologico, troppo complesso per essere trattato con le mie risorse: vi è invece un intento divulgativo, la volont à di far conoscere i vari aspetti di una parte della nostra cultura.

Motivazioni per scrivere note di ringraziamento non mancano. Contributi e suggerimenti sono giunti da ogni dove, vien da dire «dagli Appennini alle Ande». Tutto questo aiuto mi ha dato e mi sta dando entusiasmo per continuare a migliorare e ampliare gli orizzonti di quest'impresa. Ringrazio quindi:

chi mi ha dato consigli su grafica e impostazione del sito, chi ha svolto le operazioni di aggiornamento sul portale, tutti coloro che mettono a disposizione testi e materiali che riguardano la lirica, chi ha donato tempo, chi mi ha prestato hardware, chi mette a disposizione software di qualit à a prezzi più che contenuti. Infine ringrazio la mia famiglia, per il tempo rubatole e dedicato a questa attivit à .

I titoli vengono scelti in base a una serie di criteri: disponibilit à del materiale, data della prima rappresentazione, autori di testi e musiche, importanza del testo nella storia della lirica, difficolt à di reperimento. A questo punto viene ampliata la variet à del materiale, e la sua affidabilit à, tramite acquisti, ricerche in biblioteca, su internet, donazione di materiali da parte di appassionati. Il materiale raccolto viene analizzato e messo a confronto: viene eseguita una trascrizione in formato elettronico. Quindi viene eseguita una revisione del testo tramite rilettura, e con un sistema automatico di rilevazione sia delle anomalie strutturali, sia della validit à dei lemmi. Vengono integrati se disponibili i numeri musicali, e individuati i brani pi ù significativi secondo la critica. Viene quindi eseguita una conversione in formato stampabile, che state leggendo.

Grazie ancora.

Dario Zanotti

Libretto n. 80, prima stesura per www.librettidopera.it: marzo 2016. Ultimo aggiornamento: 21/03/2016.

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Personnages

P E R S O N N A G E S

LA MARQUISE de Berkenfield

SULPICE, serjent

TONIO, jeune Tyrolien

MARIE, jeune vivandi ère

LA DUCHESSE de Crakentorp

HORTENSIUS, intendant de la marquise

LE NOTAIRE

LE CAPORAL

SOPRANO

BASSE

TENOR

SOPRANO

AUTRE

BASSE

AUTRE

BASSE

Soldats Fran çais, Paysans Tyroliens, Seigneurs et Dames Bavarois, Valets de La marquise.

La scène se passe dans le Tyrol.

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Acte premier

A C T E

P R E M I E R

Scè ne premiè re

La fille du r é giment

Le th éâtre représente un site champêtre du Tyrol. A droite de l'acteur, une chaumière. À gauche, au deuxième plan, un commencement de village. Au fond, des montagnes. La marquise, Hortensius, Tyroliens, Tyroliennes.

[Introduction]

Au lever du rideau, des Tyroliens sont en observation sur la montagne du fond. Un groupe de femmes est agenouill é devant une madone de pierre. La marquise de Berkenfield, assise dans un coin de la scène, se trouve mal de frayeur, soutenue par Hortensius, son intendant, qui lui fait respirer des sels. On entend une marche militaire qui semble s'approcher.

CHŒUR DE

TYROLIENS

CHŒUR DE FEMMES

(priant)

HORTENSIUS

( à la Marquise)

LA MARQUISE

TYROLIENS

FEMME

(priant)

L'ennemi s'avance, amis, armons­nous ! et, dans le silence, pr éparons nos coups.

Sainte madone !

douce patrone !

à

tes genoux,

chacun te prie ! Vierge Marie,

prot ège­nous !

Allons, allons, madame la marquise, remettez­vous et faites un effort !

Par l'ennemi, se voir ainsi surprise ! Hélas ! c'est pire que la mort !

L'ennemi s'avance, amis, armons­nous ! et, dans le silence, pr éparons nos coups.

Sainte madone ! douce patrone !

à tes genoux,

chacun te prie !

Vierge Marie, prot ège­nous !

Ensemble

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Acte premier

UN PAYSAN

(accourant du fond)

 

Les Fran çais quittent les montagnes nous sommes sauv és, mes amis !

 

CHŒUR DE FEMMES

Enfin, la paix revient dans nos campagnes; quel bonheur pour notre pays !

 

LA MARQUISE

Premier couplet

 

Pour une femme de mon nom, quel temps, h élas ! qu'un temps de guerre ! aux grandeurs on ne pense gu ère rien n'est sacr é pour le canon ! Aussi, vraiment, je vis à peine je dép éris, je le sens bien jusqu'aux vapeurs, à la migraine, l'ennemi ne respecte rien !

 

Deuxi è me couplet

 

Les Fran çais, chacun me l'assure, sont aussi braves que galans pour peu qu'on ait de la figure, ils deviennent entreprenans

Aussi, je fr émis quand j'y pense !

 

h

élas ! je les connais trop bien

La beauté, les mœurs, l'innocence ces gens­là ne respectent rien !

LE PAYSAN

Les voilà loin

que votre frayeur cesse !

CHŒUR

Ils sont partis !

quelle all égresse !

LA MARQUISE

Puissent­ils ne plus revenir !

 
 

CHŒUR GÉNÉRAL

 

Allons, plus d'alarmes ! Vive le plaisir ! Le sort de leurs armes bientô t doit p âlir. De la paix ch érie go û tons la douceur. Enfin, la patrie va naître au bonheur !

 

LA MARQUISE

Mes amis, mes chers amis

entourez­moi

ne m'abandonnez

(aux Paysans)

pas

manœuvre, s'ils revenaient sur leurs pas

terribles Fran çais !

J'ai les nerfs dans un état

car, enfin, si c' é tait une fausse

ces soldats

ces

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Acte premier

La fille du r é giment

HORTENSIUS

Aussi, qui diable pouvait penser qu'apr ès avoir s éjourn é deux mois sur la fronti ère, ils allaient se mettre en marche, juste le jour

ù madame la marquise quittait son ch âteau pour passer en Autriche

o

 

LA MARQUISE

Que faire ?

que devenir ?

Continuer ma route

je n'ose pas

Hortensius, j'ai eu grand tort de partir mais vous trembliez tant !

de c éder à vos conseils

HORTENSIUS

C'est que la peur de madame m'avait gagn é

 

LA MARQUISE

Oh ! moi, une femme victime de la guerre

c'est permis

et quand on a d éjà été

LES PAYSANS

Vous ?

HORTENSIUS

Oui, mes amis

oui

madame la marquise a été victime

il y a

(avec un soupir)

long­temps

LA MARQUISE

TOUS

HORTENSIUS

(bas aux paysans)

LA MARQUISE

HORTENSIUS

LA MARQUISE

HORTENSIUS

LA MARQUISE

(aux Paysans)

HORTENSIUS

Dans cette panique de M éran, qui mit tous nos villages en fuite un affreux malheur

Quoi donc ?

Silence ! ne lui parlez pas de ça manque jamais !

elle se r évanouirait

Et lorsque je songe à quoi je suis expos é e aujourd'hui !

Et lorsque je songe à quoi je suis expos ée aujourd'hui !

ça ne

moi, la

dernière des Berkenfield

Je serais là pour vous d éfendre, pour vous protéger

Soit ! mais avant de prendre un parti, assurez­vous s'il n'y a plus

de danger

Je vous attends l à, dans cette chaumi ère

veillez bien sur ma voiture

bijoux, tout est l à expos é, comme moi, au pillage

Hortensius, et surtout ne me laissez pas trop long­temps seule

Non, madame la marquise !

Mes amis, je ne vous quitte pas

si j'allais rencontrer ce r égiment !

et, surtout,

et quand je pense que mon or, mes

Allez,

Je vous confie mon honneur.

(Elle entre avec eux dans la chaumi è re.)

Sc ène deuxiè me

Hortensius, puis Sulpice.

(seul)

Quelle position pour un intendant calme et pacifique

tout­ à­coup transport é au sein des horreurs de la guerre !

sais pas si c'est de froid, mais je tremble horriblement

allons

trouvais face à face avec un de ces enrag és de Fran ç ais, je lui

dirais

! se voir

Je ne

Allons,

du cœur

on est homme, que diable !

et si je me

je lui dirais

(Il se retourne et aper ç oit Sulpice qui entre.)

Monsieur, j'ai bien l'honneur de vous saluer !

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Acte premier

SULPICE

HORTENSIUS

SULPICE

HORTENSIUS

(tremblant)

(entrant sans le voir)

Ont­ils des jambes, ces gaillards­l à !

dans leurs montagnes, comme si nous allions à la chasse aux chamois

les voilà qui se sauvent

(Apercevant Hortensius.)

Ah ! ils ont oubli é celui­là !

(saluant de loin)

Monsieur l'officier

Avance à l'ordre, fantassin

Moi ?

Qu'est­ce que tu fais ici ?

rien !

je passais par hasard !

SULPICE

Eh mais ! on dirait que tu as le frisson !

 

HORTENSIUS

Au contraire

j' étouffe

je suis tout en eau !

SULPICE

Ah ça ! il n'y a donc que des poltrons dans ce pays­ci ?

 

HORTENSIUS

Je n'en suis pas du pays

Je voyage avec ma ma îtresse

une

(vivement)

grande et noble dame qui va partir, si vous le permettez !

SULPICE

Son âge ?

HORTENSIUS

Cinquante ans !

SULPICE

Accord é.

HORTENSIUS

Merci, mon officier !

SULPICE

Sergent !

A propos, fais­moi donc le plaisir de dire à tous ces

(vivement)

trembleurs­là, qu'ils peuvent montrer leurs oreilles

mettre la paix partout

pas

Nous venons

prot éger les hommes, quand ils vont au

et les femmes, quand elles sont jolies

HORTENSIUS

Oui, mon officier !

SULPICE

Sergent !

Et quant à ceux qui s'embusquent dans leurs bois,

dans leurs montagnes, pour continuer la guerre, puisqu'ils ne

veulent pas être Bavarois

ils n'ont qu' à se faire Fran çais

C'est

dans la proclamation

à ce qu'on m'a dit

car je ne l'ai pas lue

et pour cause

Allons ! volte­face, et bon voyage !

HORTENSIUS

Merci, mon officier

SULPICE

Sergent !

(brusquement)

HORTENSIUS

( à part, é tonn é )

Ah ça ! pourquoi diable m'appelle­t­il sergent

gens, si vous voulez

mais ils ont des figures

Ce sont de braves

SULPICE

Tu dis ?

HORTENSIUS

Rien, mon officier

rien que de tr ès flatteur pour vous

Je cours

pr évenir madame la marquise

(A part, en sortant.)

Allons voir si la chaise de poste est en s û reté.

(Il sort par le fond.)

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Acte premier

SULPICE

SULPICE

MARIE

(avec transport)

La fille du r é giment

Scè ne troisi ème

Sulpice, puis Marie

(regardant à droite)

Qui est­ce qui nous arrive­l à ? non, c'est Marie, notre enfant

uniè me

autres !

les camarades ! sans doute la perle, la gloire du vingt­

J'esp ère que cette figure­l à n'aurait pas fait fuir les

(la voyant arriver)

La voilà ! la voil à

mordi é qu'elle est gentille !

Est­il heureux, le r égiment qui poss ède une telle fille !

Mon r égiment !

C'est lui dont l'amiti é sincère a veillé sur mes jeunes ans

j'en suis fi ère vraiment !

Eh

[Duo]

SULPICE

N'est­ce pas ?

(avec joie)

MARIE

C'est lui seul qui m'a servi de p ère ! et de famille, et de parens !

SULPICE

N'est­ce pas ?

MARIE

Aussi, sans flatterie, je crois que je lui fais honneur !

SULPICE

Oui, comme un ange elle est jolie !

(la montrant)

MARIE

(avec é nergie)

SULPICE

(avec orgueil)

Et comme un soldat j'ai du cœur ! Au bruit de la guerre j'ai re çu le jour À tout, e pr éf ère le son du tambour; sans crainte, à la gloire je marche soudain patrie et victoire, voilà mon refrain !

C'est pourtant moi, je le confesse, qui l' élevai comme cela Jamais, jamais une duchesse n'aurait de ces mani ères­là !

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MARIE

SULPICE

SULPICE

( à Marie)

Au bruit de la guerre j'ai re çu le jour ! À tout, je pr éf ère le son du tambour; sans crainte, à la gloire je marche soudain patrie et victoire, voilà mon refrain !

Au bruit de la guerre elle a reçu le jour ! Et son cœur pr éf ère le son du tambour; sans crainte, à la gloire elle marche soudain patrie et victoire, voilà son refrain !

Quel beau jour, quand la providence, enfant, te jeta dans nos bras ! quand tes cris rompaient le silence de nos camps et de nos bivouacs !

Acte premier

Ensemble

MARIE

Chacun de vous, en tendre p ère, sur son dos me portait ga îment ! Et j'avais, fille militaire, pour berceau votre fourniment !

SULPICE

O ù tu dormais paisiblement

MARIE

Où je dormais complè tement.

SULPICE, MARIE

Au doux bruit du tambour battant !

MARIE

Mais, maintenant que je suis grande, comme on a la main au bonnet !

SULPICE

C'est la consigne

on recommande,

à tous tes p ères, le respect !

MARIE

Aux jours de f ête ou de ravage on me retrouve au champ d'honneur !

SULPICE

Aux bless és rendant le courage ou serrant la main du vainqueur !

MARIE

Et puis le soir, à la cantine, qui vous ranime par son chant ?

SULPICE

Qui nous excite et nous lutine ? Cr édié ! c'est encor notre enfant !

MARIE

Puis, au r égiment, voulant faire mes preuves de capacité, on m'a fait passer vivandi ère.

SULPICE

Nomm ée à l'unanimité !

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Acte premier

La fille du r é giment

 

Ensemble

SULPICE

Oui, morbleu ! elle est vivandière nommée à l'unanimit é !

MARIE

Oui, morbleu ! je suis vivandi ère nommée à l'unanimit é !

MARIE

Oui, je le crois, à la bataille, s'il le fallait, je marcherais !

 

(avec é nergie)

SULPICE

Elle marcherait !

MARIE

Oui, je braverais la mitraille, et comme vous je me battrais !

 

(de m ê me)

SULPICE

Elle se battrait !

MARIE

On dit que l'on tient de son p ère, je tiens du mien !

 

SULPICE

Elle tient du sien !

(avec joie)

MARIE

Comme à lui, la gloire m'est ch ère ! Je ne crains rien !

 

SULPICE

Elle ne craint rien !

MARIE

En avant ! en avant ! C'est le cri du r égiment !

SULPICE, MARIE

En avant ! en avant ! C'est le cri du r égiment !

 

Ensemble

MARIE

Au bruit de la guerre j'ai re çu le jour ! À tout, je pr éf ère le son du tambour; sans crainte, à la gloire je marche soudain patrie et victoire, voilà mon refrain !

SULPICE

Au bruit de la guerre elle a reçu le jour ! Et son cœur pr éf ère le son du tambour; sans crainte, à la gloire elle marche soudain patrie et victoire, voilà son refrain !

MARIE

Eh bien ! à la bonne heure, mon ancien qu'hier !

te voil à plus gai

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Acte premier

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

Comment, plus gai ?

Oh ! toujours !

passait sa main sur ces vieilles moustaches

d'orage

j'avais le cœur serr é comme le soir d'une

bataille, quand on compte les amis qu'on a perdus

rappelais qu'il y a douze ans, à pareil jour, je traversais ces mê mes montagnes avec de braves camarades qui n'y sont plus De ce temps­là, vois­tu, Marie, il ne reste plus que moi

Un peu, c'est vrai !

Mais je le suis toujours !

j'ai bien vu qu'hier on essuyait une larme

on

ce qui est signe

Je me

Il y avait l à du chagrin

(Lui tendant la main.)

Et toi !

Comme ça, nous sommes les deux plus vieux grenadiers du r égiment !

Je m'y vois encore

route était couverte de caissons bris és

demandaient gr âce !

des chevaux, nous apercevons un enfant abandonn é qui semblait nous sourire et nous tendre ses petites mains

C' était moi !

Mes amis, nous cria un vieil officier qui était à notre tê te

resté à Eylau celui­là !

cet enfant

agitions nos shakos au bout de nos fusils, en r ép é tant: «Oui !

et tu fus baptis ée

oui !

sur le champ de bataille

comme tu es devenue la fille du vingt­uni è me.

La fille du r égiment

Élev ée avec nos économies

mois

g âté e, et que tu nous mènes comme le tambour

ob éissance passive

les soldats s'en vont, mais le r égiment reste

nous arrivent te disent, en d éfilant devant toi, la main au bonnet:

Bonjour, ma fille !

Les Autrichiens fuyaient devant nous

de paysans qui

la

tout à coup, dans la foule, sous les pieds

Il est

«Mes amis, c'est le ciel qui nous donne

»

et il t' élevait dans ses bras

nous

et voil à

il sera le n ô tre

notre enfant

» et le r égiment t'adopta

o ù nous t'avions trouv ée

une retenue sur la paye de chaque

aussi, l' éducation est soign ée, quoique tu sois un peu

n'importe !

ça se transmet de grenadier en grenadier

et les conscrits qui

(faisant le m ê me geste)

Et je leur r éponds: Bonjour, mon p ère !

Au fait, tu n'en as pas d'autre !

d écouvrir ton pays, ta famille, malgr é la lettre amphigourique que

nous avions trouv ée aupr ès de toi, et qui a pass é dans mon sac, à

poste fixe

Mon bon Sulpice !

Aussi, nous remplirons à ton égard tous les devoirs de la

paternité

p ère s'assemblera en masse, et s'occupera de ton établissement.

Oh ! ça ne presse pas !

il n'y a pas eu moyen de

Et quand ton cœur aura pris sa feuille de route

ton

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Acte premier

La fille du r é giment

SULPICE

Comme tu me dis ça ! auraient raison ?

Est­ce que, par hasard, les camarades

MARIE

Les camarades

(troubl é e)

SULPICE

(l'examinant)

Ils racontent, que depuis quelque temps, tu sors seule de la

cantine, que tu sembles les éviter

ils ont vu quelqu'un te quitter brusquement, comme ils

et qu'au dernier campement,

 

arrivaient

Mais ce n'est pas vrai, n'est­ce pas ?

MARIE

Si fait !

et je ne veux rien te cacher

SULPICE

V'là que j'ai le frisson !

MARIE

Que veux­tu ?

on n'est pas ma î tre des rencontres

Figure­toi,

qu'un matin, je m' étais écarté e du camp

je courais de rocher en

rocher, pour me faire un bouquet

Voil à que j'aper çois une

fleur

oh ! la jolie fleur !

je l'ai gard é e, elle est là !

toujours

là

Tout à coup, mon pied glisse

je pousse un cri, et je

tombe !

SULPICE

Ah ! mon dieu !

MARIE

Dans les bras d'un jeune homme qui se trouvait l à

SULPICE

Dans les bras d'un jeune homme !

MARIE

Mais, écoute donc !

SULPICE

Une jeune fille ne doit tomber que dans les bras de son p ère.

MARIE

Dam ! je ne pouvais pas rester en l'air, en attendant le r égiment.

SULPICE

C'est juste !

Et ce jeune homme était ?

MARIE

Tr ès­gentil.

SULPICE

J'en étais sû r

c'est toujours comme ça dans les rencontres

Mais son grade, son état, son pays ?

MARIE

Tyrolien

partisan, à ce qu'il m'a dit depuis.

SULPICE

Tu l'as donc revu ?

MARIE

Est­ce que je pouvais faire autrement ! D ès que je sortais du

camp pour aller aux provisions, je le trouvais sur mes pas ; le

matin, le soir, il était l à

me suivant, me guettant

et toujours si

respectueux, le pauvre gar çon

à peine s'il osait me regarder en

parlant !

SULPICE

En v'là un imb écile !

(s'oubliant)

(Se reprenant.)

Non, non

c'est tr ès­mal à toi de fr équenter un ennemi

tirailleurs, qui, j'en suis s û r, s'embusquent dans leurs buissons, et nous tirent au g î te comme des lapins !

du tout, au contraire

C'est tr ès­bien

c'est­ à­dire,

un de ces maudits

MARIE

Oh ! quant à lui, je r épondrais bien qu'il en est incapable l'air si bon, si honn ête, si doux !

il a

SULPICE

Peste ! notre fille, comme tu le d éfends ! de passer à l'ennemi avec armes et bagages.

Tu m'as joliment l'air

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Acte premier

MARIE

(tristement)

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

SULPICE

Ne crains rien

jours. Quand le r égiment s'est remis en marche, il m'a fait ses

adieux

Eh bien ! tant mieux morbleu ! Est­ce que tu es faite pour être

aimée d'un étranger, d'un ennemi ?

pr étendre aux plus hauts partis. Quand on a l'honneur de poss éder

un p ère comme le tien

d'ailleurs, tu ne dois épouser que l'un de nous

vingt­unième, c'est promis.

Oui, oui, c'est jur é. Tu as raison

le moins, pour reconna ître vos soins, votre affection

est­ce que je pourrais vous quitter ! Allons, n'y pensons plus

Mais, c'est égal

Qu'est­ce que j'entends l à ?

Ce sont les autres qui viennent nous chercher ma cantine. ( À Sulpice.) Adieu, mon p ère !

Adieu, ma fille !

c'est fini

nous nous sommes quitt és, il y a deux

(Tr èémue.) Et nous ne nous verrons plus !

une fille comme toi peut

un p ère compos é de quinze cents h éros

un brave du

je m'y suis engag é e

c'est bien

Et puis,

il était gentil, notre ennemi.

Je cours enlever

c'est dommage

Sc ène quatri ème

Les mêmes, Soldats, Tonio.

CHŒUR

(poussant Tonio)

MARIE

CHŒUR

MARIE

SULPICE

( à Marie)

TONIO

( à part, regardant Marie)

MARIE

(bas à Tonio)

TONIO

(bas, avec passion)

Allons, allons, marche à l'instant ! Tu r ô dais pr ès de notre camp !

(redescendant la sc è ne, en apercevant Tonio)

Qu'ai­je vu, grand dieu ! le voici !

Qu'on l'entra îne !

Arr êtez !

( à Sulpice)

C'est lui !

Eh quoi, c'est l' étranger qui t'aime !

Ah ! pour mon cœur quel trouble extr ême !

Qui vous amène parmi nous ?

Puis­je y chercher d'autres que vous !

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Acte premier

MARIE

CHŒUR

MARIE

(avec é nergie)

CHŒUR

MARIE

LE CAPORAL

TONIO

SULPICE

SULPICE

TONIO ET MARIE

SULPICE

( à Tonio)

CHŒUR

(l'entourant)

C'est un traî tre, qui, peut­ ê tre, vient connaître nos secrets qu'il p érisse ! La justice est propice aux Fran çais !

(se pr é cipitant au milieu d'eux)

La fille du r é giment

Un instant, mes amis, un instant, je vous prie

Non, non

pas de quartier

pour les tra îtres, la mort !

Quoi ! la mort à celui qui m'a sauv é la vie !

Que dit­elle ?

est­il vrai ?

Ce mot change son sort.

Un soir, au fond d'un pr é cipice, j'allais tomber, sans son secours:

il m'a sauv ée en exposant ses jours. Voulez­vous encor qu'il p érisse ?

[Chant]

Non, vraiment; s'il en est ainsi, le camarade est notre ami !

(Tendant la main aux soldats. À part)

Je le veux bien !

je puis me rapprocher de celle qui m'est ch ère.

Allons, allons

de notre enfant, de notre fille ! buvons, trinquons, à son lib érateur ! un tour de rhum: c'est f ê te de famille.

( À Marie, pendant que les soldats s'appr ê tent à boire.)

Car,

de cette mani ère,

pour f êter le sauveur

Ensemble

Pauvre enfant, quelle ivresse s'empare de son cœur ! Cette folle tendresse doit faire son malheur !

Quel instant plein d'ivresse ! Ah ! je sens à mon cœur, que sa seule tendresse peut faire mon bonheur !

Allons ! trinquons à la Bavi ère, qui va devenir ton pays !

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TONIO

(avec force)

CHŒUR

TONIO

CHŒUR

SULPICE

( à Marie)

CHŒUR

(entourant Marie)

Jamais ! jamais !

Que dit­il ?

plut ô t briser mon verre !

À la France ! à mes nouveaux amis !

À la France, à la France !

Pour que la f ête soit complè te, tu vas nous dire, mon enfant, notre ronde du r égiment !

Écoutons, écoutons le chant du r égiment !

à tes nouveaux amis !

CHŒUR

(r é p é tant)

TONIO

MARIE

Premier couplet

Chacun le sait, chacun le dit, le r égiment par excellence, le seul à qui l'on fait cr édit dans tous les cabarets de France Le r égiment, en tout pays, l'effroi des amans, des maris mais de la beauté bien supr ême ! Il est là, morbleu ! le voil à, corbleu ! le beau Vingt­et­unième !

Le r égiment, en tout pays, l'effroi des amans, des maris mais de la beauté bien supr ême ! Il est là, morbleu ! le voil à, corbleu ! le beau Vingt­et­unième !

Vive le Vingt­et­uniè me !

MARIE

Deuxi è me couplet

Il a gagn é tant de combats, que notre empereur, on le pense,

fera chacun de ses soldats, à la paix, mar é chal de France !

Car, c'est connu

le r égiment

le plus vainqueur, le plus charmant, qu'un sexe craint, et que l'autre aime,

il est là, morbleu ! le voil à, corbleu ! le beau Vingt­et­unième !

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Acte premier

[Ronde]

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Acte premier

CHŒUR

(r é p é tant)

SULPICE

(aux soldats)

MARIE ET TONIO

(avec joie)

SULPICE

( à Tonio)

MARIE

(vivement)

SULPICE

(entre eux)

La fille du r é giment

Oui, c'est connu, le r égiment le plus vainqueur, le plus charmant, qu'un sexe craint, et que l'autre aime, il est là, morbleu ! le voil à, corbleu ! le beau Vingt­et­unième !

On entend le tambour.

C'est l'instant de l'appel !

et ne plaisantons pas avec le r èglement.

Ils s'en vont !

en avant !

Toi, gar çon

hors d'ici !

Il est mon prisonnier, et je r éponds de lui !

Moi, je n'en r éponds pas

Allons, suis­les, l'ami !

(Deux soldats font sortir Tonio par le fond.)

CHŒUR GÉNÉRAL

D ès que l'appel sonne, on doit ob éir. Le tambour r ésonne, vite, il faut courir ; mais, en temps de guerre, narguons le chagrin nous ne sommes gu ère sû rs du lendemain !

(Sulpice, Le caporal et les Soldats, sortent tous avec Tonio.)

Scè ne cinquième

MARIE

(seule)

MARIE

TONIO

MARIE

Marie, puis Tonio.

Ils l'ont emmen é

Moi, qui aurais tant voulu causer avec lui

Qu'est­ce que

Pauvre gar çon ! s'exposer ainsi pour me voir j'entends là ?

(Apercevant Tonio, qui descend la montagne.)

C'est lui !

ah ! mon dieu ! comme il court !

(accourant)

Me v'là, mam'zelle

Comment, c'est vous ?

me v'l à !

Moi, qui croyais

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Acte premier

TONIO

Que je les suivrais !

J'en ai eu l'air

mais, au d étour du bois, à

deux pas d'ici, j'ai disparu avant qu'ils aient tourn é la tê te. Nous

sommes agiles, voyez­vous, mam'zelle, dans ce pays­ci

d'autant

plus, que je n'ai pas risqu é de me faire tuer par vos Fran ç ais, pour

venir faire la conversation avec eux

Ils ne sont d éjà pas si

aimables

le vieux surtout, qui vous a une figure que je ne peux

pas souffrir

MARIE

C'est mon p ère !

 

TONIO

Le vieux ?

Alors, je me trompais

c'est le petit qui était là

MARIE

C'est encore mon p ère !

 

(souriant)

TONIO

Ah bah !

Alors c'est les autres

(stup é fait)

MARIE

C'est toujours mon p ère

TONIO

Ah ça ! vous en avez donc un r égiment ?

MARIE

Juste !

le r égiment

mon p ère adoptif

je leur dois un état, une

éducation soign é e

Il n'y pas une fille plus heureuse que moi !

TONIO

Vrai ?

Oh alors, mam'zelle, ce sont de braves gens

et je vais

les aimer à votre intention l'heure

Mais c'est égal

sans vous, tout à

MARIE

Mais aussi, pourquoi veniez­vous aussi pr ès de notre camp

puisque nous nous étions dit adieu plus nous revoir

puisque nous ne devions

TONIO

H élas ! mam'zelle

je le croyais

je le voulais m ê me

car enfin,

vous êtes Fran çaise, je suis Tyrolien

Mais hier, quand j'ai

entendu votre r égiment se mettre en marche

quand j'ai pens é

que vous quittiez le pays

tenu voil à !

je me suis sauv é

peut­ être pour toujours j'ai couru sur vos traces

je n'y ai pas et me

MARIE

Mais enfin, M. Tonio

qu'est­ce que vous me voulez ?

qu'est­

ce que vous venez faire ici ?

TONIO

Je viens vous dire que je vous aime

que je n'aimerai jamais que

vous

et que je mourrais plut ô t que de vous oublier ou de vous

perdre

 

[Duo]

MARIE

Quoi ! vous m'aimez ?

( à Tonio)

TONIO

MARIE

(souriant)

Écoutez !

écoutez !

Si je vous aime ! et jugez vous­m ême.

Voyons, écoutons ! Écoutons et jugeons !

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Acte premier

La fille du r é giment

TONIO

Depuis l'instant o ù , dans mes bras, je vous reçus toute tremblante, votre image douce et charmante, nuit et jour, s'attache à mes pas

MARIE

Mais, monsieur, c'est de la m émoire,

de la m émoire

et voilà tout

TONIO

Attendez

attendez

vous n' êtes pas au bout !

à mes aveux vous allez croire !

MARIE

Voyons, écoutons ! Écoutons et jugeons !

TONIO

Le beau pays de mon enfance, les amis que je ch érissais Ah ! pour vous, je le sens d'avance, sans peine je les quitterais !

MARIE

Mais une telle indiff érence est tr ès­coupable assur ément !

TONIO

Et

puis enfin, de votre absence,

(avec feu)

MARIE

TONIO

( à part)

MARIE

( à part)

TONIO

( à Marie)

ne pouvant vaincre le tourment j'ai brav é jusque dans ce camp, le coup d'une balle ennemie

Ah ! je le sais

et c'est affreux

Quand on aime les gens pour eux, l'on conserve son existence

A cet aveu si tendre,

non, son cœur, en ce jour,

ne sait pas se d éfendre, car c'est là de l'amour !

De cet aveu si tendre, on, mon cœur en ce jour, ne sait pas se d éfendre, car c'est là de l'amour !

Vous voyez bien que je vous aime ! Mais j'aime seul

Ensemble

MARIE

Jugez vous­m ême !

TONIO

Voyons, écoutons ! Écoutons, et jugeons !

MARIE

Long­temps coquette, heureuse et vive, je riais d'un adorateur Maintenant, mon â me pensive sent qu'il est un autre bonheur !

TONIO

Tr

ès­bien ! tr ès­bien !

(avec joie)

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MARIE

TONIO

MARIE

TONIO

MARIE

(baissant les yeux)

Acte premier

J'aimais la guerre, je détestais nos ennemis mais, à pr ésent, je suis sinc ère,

(Le regardant.)

pour l'un d'eux, h élas ! je fr é mis !

De mieux en mieux.

Et du jour plein d'alarmes,

o ù , ranimant mes sens, au parfum d'une fleur, je la sentis humide de vos larmes

Eh bien ?

La douce fleur, tr ésor rempli de charmes, depuis ce jour n'a pas quitté mon cœur !

 

Ensemble

TONIO

De cet aveu si tendre, non, son cœur, en ce jour, ne sait pas se d éfendre, car c'est là de l'amour !

MARIE

De cet aveu si tendre, non, mon cœur, en ce jour, ne sait pas se d éfendre, car c'est là de l'amour !

TONIO

Oui, je t'aime, Marie je t'aime, et pour toujours ! Plutô t perdre la vie que perdre nos amours !

 

Ensemble

MARIE

Sur le cœur de Marie, Tonio, compte toujours ! Plutô t perdre la vie que perdre nos amours !

TONIO

Oui, je t'aime, Marie, je t'aime, et pour toujours ! Plutô t perdre la vie que perdre nos amours !

 

Scè ne sixième

Les mêmes, Sulpice.

SULPICE

(les surprenant au moment o ù Tonio embrasse Marie)

Ah ! mille z'yeux ! Tyrolien !

qu'est­ce que je vois l à ?

encore le

MARIE

Sulpice !

TONIO

Ne faites pas attention, mam'zelle puisque vous m'aimez !

puisque je vous aime

 

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Acte premier

La fille du r é giment

SULPICE

(prenant Tonio par le bras)

 

C'est ça

ne vous d érangez pas

on a le temps !

MARIE

Eh bien ! quand tu gronderas mal, au contraire

ce pauvre gar çon ne faisait rien de

SULPICE

(entre eux)

 

Excusez

un baiser !

MARIE

(na ï vement)

 

Rien qu'un !

SULPICE

Que ça ?

TONIO

(s'avan ç ant)

 

Alors, je vas en prendre un autre !

 

SULPICE

(l'arr ê tant)

 

Demi­tour à droite, conscrit !

 

TONIO

Mais, monsieur le soldat, puisque je l'aime

SULPICE

Et qu'est­ce qui te l'a permis ?

TONIO

Mais c'est elle !

SULPICE

Elle ! ça ne se peut pas, morbleu ! Marie ne peut permettre de

l'aimer qu' à un des n ô tres

à un brave du vingt­unième, c'est

convenu

elle me l'a jur é encore tout à l'heure, à moi­même, en

personne

il n'y a pas à en revenir !

TONIO

Comment, mam'zelle

il serait vrai ?

 

MARIE

Oui, Tonio

j'ai promis de n' épouser qu'un des n ô tres, si je me

mais rassurez­vous

je ne me marierai pas

je resterai libre

et comme ça, personne n'aura

j'y

mariais jamais

suis d écidé e

rien à me reprocher

ni le droit de me rendre malheureuse !

TONIO

Du tout, mam'zelle encore !

vous vous marierez

et avec moi,

 

SULPICE

Suffit !

assez caus é !

TONIO

Oh ! vous ne me ferez pas peur, vous !

Laissez donc,

 

(courant à elle)

mam'zelle à lui tout seul

sera bien oblig é d'en passer par l à

ça !

il a beau dire, si vous m'aimez, il n'est pas votre p ère

il

et si les autres me donnent leur consentement

Adieu ! je ne vous dis que

(Il sort.)

Sc ène septième

Sulpice, Marie.

SULPICE

En v'là, un audacieux !

me braver en face

moi, Sulpice

Pingot, dit le Grognard

que sa majest é l'empereur et roi a

d

écoré du grade éminent de sergent, sur le champ de bataille.

MARIE

En tout cas ce n'est pas pour ton amabilit é

 

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Acte premier

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

SULPICE

MARIE

SULPICE

On ne donne pas de chevrons pour ça !

Tyrolien, qui veut t'enlever à ton r égiment, à tes amis

mais quant à ce maudit

s'il r ô de

encore par ici

arr êt é comme partisan, et fusill é incontinent !

Quelle horreur ! mauvais cœur

c'est affreux, ce que tu me dis l à d'un m échant soldat

c'est d'un

Un méchant soldat !

Oui, morbleu !

pense comme toi

tous

Ça n'est pas vrai !

Je suis ma ma îtresse !

C'est ce que nous verrons !

Eh bien ! tu le verras ! je m'en irai

n'en manque pas dans l'arm ée, dieu merci !

du moins, j'y trouverai des camarades plus aimables, et surtout plus g én éreux que toi !

d'un envieux

d'un tyran

et si le r égiment

eh bien ! je te quitterai, je vous quitterai

car enfin, je suis libre, moi !

et sans regret encore

je changerai de r égiment

Et je suis s û re que

(Elle sort vivement.)

(la rappelant)

Marie ! Marie !

Il

(Avec col è re.)

Donnez donc de l' éducation à vos enfans !

fille que nous avons élev ée, qui nous appartient !

quitterait, l'ingrate !

p ère comme ça !

Mille z'yeux ! une

elle nous

Ah ! bien oui, si elle croit qu'on change de

Scè ne huiti ème

Sulpice, La marquise, Hortensius.

HORTENSIUS

LA MARQUISE

(tremblant)

SULPICE

( à lui­m ê me)

(montrant Sulpice à la Marquise)

Voilà l'officier fran çais en question laid, mais tr ès­aimable !

Vous en êtes s û r, Hortensius nerfs !

C'est pourtant ce blanc­bec­l à qui lui tourne la tête, qui lui fait

manquer de respect aux anciens

je le fais arr êter, je l'envoie à Inspruck, et dans les vingt­quatre heures, fusill é !

N'ayez pas peur

Il est fort

Rien que l'habit me fait mal aux

Mais, au fait, c'est un insurg é;

LA MARQUISE

Ah ! mon dieu !

(effray é e)

HORTENSIUS

Il a dit: Fusill é !

(de m ê me, à la Marquise)

(Pr é sentant la marquise à Sulpice.)

C'est madame la marquise qui demande à vous parler.

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Acte premier

La fille du r é giment

SULPICE

Ah ! c'est madame

 

( À part.)

 

Ils ont de dr ô les de tê tes dans ce pays­ci !

LA MARQUISE

Oui, monsieur le capitaine !

SULPICE

Merci!

 

( À part.)

 

Ils me font monter en grade diablement vite, ces gens­ l à !

HORTENSIUS

Voici ce que c'est, madame la

SULPICE

(prenant le milieu)

Silence dans les rangs ! dire

Madame se faisait l'honneur de me

LA MARQUISE

Monsieur le capitaine

SULPICE

( À part.)

 

Elle y tient !

 

(Haut.)

 

Allez toujours

il n'y a pas de mal, au contraire !

LA MARQUISE

J'allais partir pour continuer ma route

 

HORTENSIUS

Madame la marquise ne faisait que passer

SULPICE

Silence dans les rangs !

LA MARQUISE

Renonçant à mon voyage, je voulais retourner dans mon ch âteau,

o

ù l'on est soumis à la Bavi ère et à la France

mais nos

montagnes sont remplies de soldats

et j'ai peur !

SULPICE

Vous êtes bien bonne, madame la marquise !

HORTENSIUS

Vous êtes tous des braves ! on ne craint rien de vous quelquefois !

mais

SULPICE

Silence dans les

 

( À part.)

 

Il est tr ès­bavard, le vieux.

HORTENSIUS

( À part.)

 

Diable d'homme ! pas moyen de placer un mot !

LA MARQUISE

J'ai donc pens é que les Fran çais, étant aussi galans que braves, vous ne refuseriez pas de me faire prot éger, par quelques­uns de vos soldats, jusqu' à mon châ teau.

SULPICE

A combien d'ici ?

LA MARQUISE

Une petite lieue, tout au plus

De cette montagne, on peut

apercevoir les tours de Berkenfield.

 

SULPICE

De Ber

( é tonn é )

HORTENSIUS

kenfield

!

SULPICE

Permettez, madame la marquise

votre ch âteau, vous le nommez

(surpris)

?

LA MARQUISE

Eh ! mais, du même nom que moi !

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Acte premier

SULPICE

(avec é clat)

Vous ! sacrebleu ! il se pourrait !

nom­là

Ah ! pardon, c'est que ce

Ber

Il y a des choses qui coupent la respiration

HORTENSIUS

Berkenfield ! C'est un beau nom !

SULPICE

Eh ! que le diable l'emporte !

Je n'ai jamais pu le prononcer de

ma vie

Mais je l'ai bien retenu

C'est donc un nom, un ch âteau.

Voilà ce qu'on ne pouvait pas deviner

D'ailleurs, comment

supposer !

LA MARQUISE

Que voulez­vous dire ?

SULPICE

Et puis, quel rapport entre ce nom­l à et celui de Robert !

( à lui­m ê me)

LA MARQUISE

Plaî t­il ? le capitaine Robert ?

SULPICE

Capitaine, c'est possible ! un Fran ç ais !

vous l'avez connu ?

LA MARQUISE

Beaucoup, monsieur !

(vivement)

(Se reprenant.)

C'est­ à­dire, non pas moi

mais une personne de ma famille !

SULPICE

Une cousine

une tante

une sœur ?

LA MARQUISE

Ma sœur

oui, monsieur

c' était ma sœur !

(vivement)

SULPICE

Et cette sœur, elle existe encore ?

LA MARQUISE

Elle n'existe plus ! naquit un enfant

Mais de son mariage avec ce Fran çais, il

SULPICE

Une fille !

(vivement)

LA MARQUISE

Comment savez­vous ?

En effet, une pauvre enfant que le

capitaine m'adressait avant de mourir

Il y a de cela douze ans

mais le vieux serviteur à qui elle fut confié e, surpris dans la

panique de M éran, y perdit la vie fortune et de mon nom

Et la seule h ériti ère de ma

SULPICE

Votre niè ce ?

HORTENSIUS

Qui serait baronne aujourd'hui

LA MARQUISE

Perdue, abandonn ée, écras ée dans la foule enfant !

morte, la pauvre

SULPICE

Sauv ée ! nous !

sauv é e, madame de Krikenfield ! sauv ée ! gr â ce à

LA MARQUISE

Il se pourrait !

Ah ! mon dieu ! monsieur, soutenez­moi !

SULPICE

Mille tonnerres ! mê me.

c'est que j'ai de la peine à me soutenir moi­

HORTENSIUS

(passant à la Marquise)

Et vous ê tes s û r ?

SULPICE

Sauv ée, vous dis­je ! par de braves gens, qui n'ont pas demand é si

elle était fran çaise ou ennemie soign ée, la pauvre petite !

qui l'ont élev ée, nourrie,

LA MARQUISE

Vous la connaissez donc ?

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Acte premier

La fille du r é giment

SULPICE

Si je la connais !

HORTENSIUS

Elle est loin d'ici ?

SULPICE

A deux pas !

LA MARQUISE

Ah ! monsieur ! rendez­moi ma ni